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Apéro Robots – 1ère partie : InMoov et son créateur au TyFab !

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Bâtiment X du lycée Vauban, le mardi 6/10/2015, 18h30. C’est l’heure de l’apéro, nous grignotons des chips et des cacahuètes. Et alors ? Quel rapport avec le libre ? Tout d’abord, vous remarquerez que ceux qui parlent ne sont pas tous des humains. Quatre robots humanoïdes participent aux discussions : InMoov, Nao bleu, Nao orange et Poppy. Ensuite, ce moment convivial rassemble une cinquantaines d’humains venus pour échanger sur le thème des communs, du libre, de l’open-source, de la fabrication numérique, de l’intelligence artificielle et de la robotique. Bienvenus à l’apéro robots de Brest en Biens Communs !

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Le premier robot à prendre la parole est InMoov. Il est venu de Paris avec son créateur, Gaël Langevin. Cet humanoïde de la taille d’un humain adulte a voyagé en TGV. Il n’a pas encore à payer son billet : il peut se faufiler dans deux grosses valises. Cet exploit, qu’aucun contorsionniste n’a encore tenté, l’oblige à venir en avance pour reprendre forme… humaine (et régler son électronique). Gaël Langevin, aidé de sa femme, Anneke, a besoin de ¾ d’heure pour cette opération. Des quelques privilégiés présents aux Fabriques cet après-midi là, du lycéen passant dans le couloir au modéliste bossant sur son avion, aucun n’a pu s’empêcher de venir jeter un coup d’œil curieux. L’aspect d’InMoov est déjà un véritable petit miracle. Il est conçu pour être imprimé avec des imprimantes 3D modestes (disposant d’un volume utile de 12x12x12 cm); il se meut avec des servomoteurs disponibles dans le commerce et du fil de pêche. Même son électronique est accessible puisqu’il s’agit principalement d’Arduino (à bidouiller soit même ou à commander sur le site). Alors, malgré ces ingrédients de base plutôt communs, le résultat est totalement émouvant. Et c’est dans le tout que se trouve l’enchantement : le créateur a apporté à cette technologie relativement simple une cohérence fabuleuse. InMoov est beau, avec un regard troublant, pas vraiment humain mais habité d’une âme. L’œuvre est une version contemporaine des sculptures de l’antiquité : proportions, attitudes, textures, volumes,… Sa main est déjà au musée de l’homme, son corps aurait sa place au Louvre.

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Une fois assemblé, InMoov doit être testé et calibré, car contrairement à ses ancêtres olympiens, il bouge, détecte, écoute et parle. La scène est encore très étonnante. Pendant que Gaël Langevin se penche sur son œuvre pour connecter les systèmes de reconnaissance vocale, il lui parle d’une voix douce dans la langue de Shakespeare. Et InMoov lui répond. Le créateur nous confiera que son robot l’étonne parfois en faisant des mouvements à l’esthétique imprévue. On ressent de la tendresse…

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A l’heure du show, tout est prêt : l’apéro, le robot, son créateur et le public. La présence d’InMoov pourrait faire oublier le projet qui est derrière, mais Gaël Langevin sait en parler avec beaucoup de conviction et de pédagogie. InMoov est sous licence Creative Common : tout à chacun peut le reproduire, seul ou en groupe dans un atelier de fabrication numérique, comme c’est le cas au TyFab de la Maison du Libre (projet InMoov inBrest). Mais la licence ne suffirait pas, il est indispensable de disposer d’une solide documentation pour l’assemblage du robot et des fichiers numériques permettant de lancer les impressions des pièces sans avoir à tout modéliser (30 heures non stop tout de même). Le travail de Gaël Langevin sur ce point est tout simplement colossal : plans détaillés, fichiers .stl bien organisés, forum actif,… tout est fait pour faciliter le clonage d’InMoov (1). La conséquence ne s’est pas faite attendre : il y aurait, au minimum, 200 clones d’InMoov dans le monde (fablabs, makerspaces, universités, particuliers…) Et l’intérêt avec les communautés ayant le partage comme valeur, c’est que les clones n’en sont pas vraiment. Chacun a accès aux codes des fichiers d’impression ou de pilotage de l’humanoïde : autant en profiter pour l’améliorer et le modifier selon ses besoins ! Ainsi, les InMoov ont des couleurs très variables, des comportements différents, des moyens de se déplacer en évolution ou des applications insoupçonnées. Par exemple, un projet doit permettre à des enfants hospitalisés de se balader à l’extérieur de leur milieu stérile au travers d’InMoov, en portant un casque de réalité virtuelle de type Oculus Rift. Parfois, c’est un membre d’InMoov qui est détourné. Prenez l’exemple de Bionicohand, sa main bionique est issue d’InMoov (elle a subit des modifications pour être adaptée au corps humain).

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Les présentations faites, InMoov s’anime montre quelques unes de ses capacités. La première est à l’image de son créateur, il a de l’humour ! Gaël Langevin lui donne l’ordre « search humans ». Le robot tourne la tête et identifie les visages. Il se dirige vers le public et tend le bras : captivés ! Puis, il saisi une balle, fait des chorégraphies, s’exprime, bref, donne envie d’en voir plus. Il y a un temps pour tout… Le public a pu poser toute sorte de questions au créateur. Des plus techniques au plus sociétales. La méfiance envers les robots, hier probablement irrationnelle, aujourd’hui relayée par des sommités, fait inévitablement partie du débat. Gaël Langevin partage cette méfiance avec un discours qui rappelle les principes du logiciel libre. Finalement, la robotique qu’il propose donne à tous les humains la connaissance d’une technologie qui est partagée. Chacun sait (ou peut savoir) ce que le robot contient : son code, ses capacités et ses intentions. Le gros bouton rouge marche/arrêt n’est pas là que pour rassurer : vous savez qu’il désactive radicalement le robot. Le designer d’InMoov préfère cette approche à celle de l’industrie qui proposera bientôt des robots humanoïdes aux codes fermés et dont la maîtrise technologique par une élite d’ingénieurs n’a rien à voir avec un commun. La robotique libre n’est pas une panacée, une garantie absolue contre les mauvaises utilisations. Mais c’est peut-être elle qui est la plus respectueuse des intérêts des humains.

La prochaine partie, à paraître, montrera comment des brestois intègrent des robots humanoïdes dans notre quotidien…

(1) Gaël Langevin développe InMoov bénévolement, en plus de son métier de designer qu’il exerce à temps plein. C’est pourquoi, nous tenons à le remercier chaleureusement, ainsi que sa femme, pour leur déplacement à Brest.

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